Historique

La profession d’interprète en langues des signes au Québec s’est développée au tournant des années 80. Les changements sociaux et politiques qu’a connus le Québec suite à la Révolution tranquille ont énormément contribué à l’émergence de la profession. C’est suite aux travaux de la commission Parent (Commission royale d’enquête sur l’enseignement) et de la commission Castonguay-Nepveu (Commission royale d’enquête sur la santé et le bien-être social) que le Québec se définit une politique visant la désinstitutionalisation des personnes dites «handicapées» dans le but de favoriser leur intégration sociale. Les personnes sourdes et malentendantes étaient, jusqu’à cette époque, généralement institutionnalisées et instruites par des communautés religieuses. Les réformes proposées par ces commissions d’enquête allaient mener à l’intégration des Sourds et des malentendants au nouveau système d’éducation que le gouvernement était en train de mettre en place.

Au départ, les personnes exerçant le travail d’interprètes en langue des signes étaient généralement des enfants entendants de parents sourds qui maîtrisaient la langue des signes québécoise (LSQ) depuis leur enfance. Elles effectuaient ce travail à titre bénévole et de manière occasionnelle. Toutefois, grâce à la pression exercée par des personnes sourdes et au mouvement créé suite à l’Année internationale des personnes handicapées de 1981, un premier service d’interprétation a été mis sur pied en 1982, soit le Service d’aide à l’intégration des élèves (SAIDE) du cégep du Vieux Montréal. Les changements structurels de la société québécoise des vingt années précédentes ont porté fruit puisque les personnes sourdes et malentendantes qui demandaient que l’enseignement supérieur leur soit accessible grâce à des services d’interprétation en langue des signes ont obtenu gain de cause. À partir de ce moment, plusieurs personnes ont fait de l’interprétation en langue des signes leur principale occupation rémunérée et non plus du bénévolat effectué à temps perdu. Ces pionniers de la profession ont d’ailleurs mis en place la première association professionnelle d’interprètes en langue des signes au Québec, soit l’Association québécoise des interprètes francophones en langage visuel (AQIFLV, dissoute en 2004).

Depuis cette époque, beaucoup de chemin a été parcouru et l’offre de service en interprétation s’est structurée. Des services régionaux d’interprétation (SRI) couvrant l’ensemble du territoire québécois ont été mis en place. Ces derniers répondent aux besoins des personnes sourdes et malentendantes en assignant des interprètes qualifiés lors de rencontres avec des intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, en plus d’offrir des services dans divers domaines tels la justice, le milieu du travail, etc. Les commissions scolaires embauchent également des interprètes pour les élèves sourds et malentendants intégrés dans des classes régulières. Enfin, plusieurs interprètes travaillent également comme pigistes ou travailleurs autonomes.

Deux réalisations importantes pour la reconnaissance professionnelle des interprètes en langue des signes sont à souligner. Il s’agit de la mise en place du Certificat en interprétation visuelle de l’Université du Québec à Montréal en 1990. À ce jour, il s’agit de la seule formation dédiée à l’interprétation LSQ-français. Par ailleurs, une première interprète en langue des signe a réussi l’examen d’agrément de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréées du Québec (OTTIAQ) en 2008.

Depuis la dissolution de l’AQIFLV en 2004, aucune association ne représentait les interprètes en langues des signes au Québec. C’est pourquoi plus de 80 personnes issues de la communauté des interprètes se sont réunies sous l’impulsion d’un groupe de leaders lors d’une conférence tenue au Centre des loisirs des Sourds de Montréal le 30 novembre 2014. Intitulée «La professionnalisation du travail d’interprète en langues des signes au Québec : L’impératif de mettre sur pied une association professionnelle» cette conférence prononcée par Frédérick Trudeau avait pour objectif de conférer une légitimité par les pairs au processus de mise sur pied d’une nouvelle association d’interprète. C’est à l’unanimité que l’assemblée a adopté une résolution concernant la création d’une nouvelle association. L’assemblée a également tenu des élections pour former le comité fondateur qui allait travailler à mettre au point les assises légales de l’association et à organiser la première assemblée générale annuelle de l’Association québécoise des interprètes en langues des signes (AQILS), laquelle s’est tenue le 24 mai 2015.